Dans quelques heures, je repars marcher sur un chemin de Compostelle que je n’ai encore jamais fait : direction le Portugal sur la variante côtière, au départ de Porto.
Ce n’est pas mon premier chemin, ceux qui me suivent depuis un moment le savent !! En 2018 j’étais partie 40 jours sur le Camino del Norte puis le Camino Primitivo (tu peux retrouver tout ce récit dans mon livre, Le Camino seule, enfin presque), et en 2023 j’y suis retournée, cette fois sur la Via Podiensis. J’ai aussi fait quelques tronçons de la voie d’Arles en 2011 et en 2017.
Comme à chaque fois que je repars, j’ai souvent droit à la même remarque sur les réseaux comme dans ma vie perso, un peu amusée, un peu perplexe : « tu vas encore te faire le chemin de Compostelle ?! » Comme si c’était une lubie, comme si j’étais accro à un seul et même sentier qui reviendrait me hanter tous les deux ou trois ans… (et en soit quand bien même je referais le même itinéraire tous les ans, il y a pire comme lubie mais bon). Je comprends bien entendu pourquoi cela intrigue, surtout les gens qui n’ont jamais fait le chemin d’ailleurs parce que les autres sont souvent là « trop cool, vamos bon camino » et sans chercher à me justifier je pense qu’il est tout de même important de comprendre qu’il n’existe pas UN chemin de Compostelle : il y en a des dizaines, en Espagne, en France et au Portugal notamment, chacun avec sa propre identité, un peu comme les GR chez nous, donc j’ai plutôt l’embarras du choix que l’impression de tourner en rond.
Ce qui, en revanche, ne change pas d’un itinéraire à l’autre, c’est ce que j’y retrouve et pourquoi j’y retourne : cette espèce de méditation par la marche, un apaisement que je n’ai jamais réussi à retrouver ailleurs, de la même façon. Oui j’adore l’itinérance en mode trek, comme le TMB de cet été mais ce n’est vraiment pas du tout la même expérience. C’est comme si en trek j’y allais avant tout pour « l’extérieur, les paysages, la découverte » alors que Compostelle je m’y rends pour ce qui se passe à « l’intérieur », le calme, l’apaisement, la sensation de me retrouver. Bon et les paysages sont pas mal aussi bien sûr mais tu m’auras compris.
Alors quand j’en ai besoin, j’y retourne, et là, j’en avais besoin.
J’ai envie de partir, maintenant
C’est marrant comment le créneau Compostelle a toujours tendance à s’imposer à moi, à des moments où je ne le prévois d’ailleurs pas du tout. Ce n’est qu’il y a quelques semaines que j’ai ressenti cette envie de me barrer. De me barrer et de marcher, de tout couper et me retrouver dans ma bulle. 2025 a été une année compliquée, entre une grosse charge de travail et un deuil à traverser en même temps, et depuis quelques semaines je sentais monter ce besoin de faire un break, comme à chaque fois qu’il faut que je me retrouve un peu.
L’avantage de Compostelle, une des nombreuses raisons pour lesquelles je l’affectionne autant c’est aussi la SIMPLICITE. Côté organisation, rien de très différent de d’habitude : j’ai réservé ma première nuit à Porto et pour le reste je verrai en fonction des envies et des possibilités du moment, parce que c’est ça que j’aime : la liberté de voir au jour le jour. (J’ai quand même calculer rapidement mes étapes, qui vont certainement évoluer, histoire que lundi 28 je sois derrière mon ordi…liberté but liberté avec une date butoir).
Le chemin de Compostelle au Portugal, en quelques mots
Le Camino Português relie traditionnellement Lisbonne à Saint-Jacques-de-Compostelle, mais comme beaucoup de marcheurs je pars de Porto, ce qui représente environ 270 à 280 km sur une douzaine de jours. J’avais à la base prévu de faire 3 semaines et de partir soit de Lisbonne à Saint-Jacques soit de continuer après Saint-Jacques jusqu’à Fisterra (j’avais adoré en 2018, encore plus d’émotions qu’à Saint-Jacques), mais mon niveau de fatigue assez important dirons nous m’a amené à revoir mes plans. Et j’ai même attendu la quasi dernière minute afin de valider que j’étais suffisamment en forme pour partir.
Depuis Porto, la marche traverse d’abord le Portugal sur une grosse centaine de kilomètres, jusqu’à la frontière espagnole du côté de Caminha, soit environ quatre à cinq jours avant de basculer en Galice via A Guarda. Le reste du chemin, la majorité en fait, se fait côté espagnol, en passant par Baiona, Vigo, Pontevedra et Padrón, jusqu’à Santiago.
Après Porto, il y a deux façons de faire ce chemin : la route centrale, qui suit l’ancienne voie romaine à travers les terres, par Barcelos et Ponte de Lima (plus courte, plus fréquentée), et la côtière, que j’ai choisie, qui longe l’Atlantique, les villages de pêcheurs et les plages. Les deux se rejoignent à Redondela, juste avant Pontevedra.
Niveau dénivelé, c’est un des chemins les plus doux des chemins qui mènent vers Compostelle, surtout côté portugais où le terrain reste globalement plat. J’avoue, après le D+ du TMB ça me met en joie de me dire que je vais passer mes journées sur une piste de bowling.
Côté hébergement, je fonctionne comme d’habitude en albergues de pèlerins quand il y en a, et je réserve au fur et à mesure plutôt qu’à l’avance, sauf à l’approche de Santiago où ça se complique si tu improvises trop.
C’est la première fois que je pars sur ce chemin. Je connais plutôt bien la partie espagnole avec le Norte et le Primitivo, j’ai découvert la partie française avec la Via Podiensis, mais le Camino francés je ne l’ai jamais fait et honnêtement il ne m’attire pas plus que ça pour l’instant…peut-être pour mon 15ème Camino qui sait .