COMPOSTELLE 2018 | BEHIND THE CAMINO JOUR 8 à 14

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1 mois et demi plus tard… me voilà de retour sur le blog après 39 jours sur le Chemin de Compostelle. Le retour à la « vraie vie » commence à s’amorcer et j’avais bien envie de te partager quelques petites histoires avant de clôturer cette belle aventure. Bien entendu, pour des raisons de temps et d’espaces mes anecdotes resteront brèves… sinon je risque d’écrire un bouquin et non plus un article. Mais tu retrouveras dans les prochaines semaines, jour après jour, un petit bilan de mon expérience. Je reviendrais aussi sur toutes les questions d’organisation, de parcours et de matériels qui m’ont été posées au fur et à mesure !

Dans l’article précédent, la première semaine s’achevait à Gernika. Beaucoup de pluie, de belles rencontres, les premiers jours avaient été intenses. Je marchais la plupart du temps seule mais appréciais la compagnie de ma « maman du camino » J. et de notre petit groupe éclectique que je retrouvais avec plaisir dans les auberges.

 

JOUR 8 – GERNIKA à BILBAO

33KM ▪ 1004 D+

Le CR du jour | Le Camino del Norte n’est vraiment pas plat.. puisque la journée aura été encore riche en haut et en bas. Au sens propre et figuré puis qu’après une semaine de chemin j’ai du mal à mettre un mot sur mon ressenti du jour. Les journées sont intenses et 8 jours de marche plus tard c’est assez étrange de me retrouver à Bilbao. Ville où j’avais finis mon périple il y a deux ans. J’ai le sentiment que le voyage s’achève ici alors qu’il ne fait que commencer. Beaucoup de personnes s’arrêtent ici ou continuent après une pause à Bilbao. Ceux que javais plaisir à retrouver au détour d’un kilomètre et avec qui je partageais des tapas en parlant poids de sac et pieds. La transition est donc étrange et la soirée un chouille mélancolique après une semaine d’habitudes et de rencontres. Demain sera un nouveau départ, avec du beau temps croisons les doigts. En attendant je clôture cette première semaine avec 245km cumulés depuis mon départ vendredi dernier dont 195 sur le camino 🙀

I shall leave and live, or stay and die. Shakespeare - Compostelle
I shall leave and live, or stay and die. Shakespeare

Behind the Camino | Cette fin d’étape était clairement teintée d’un peu de mélancolie. Les émotions sont multipliées par 10 sur le camino. Il faut le vivre pour comprendre. Après une semaine de marche l’arrivée à Bilbao aura été assez troublante. C’était la ville où je finissais effectivement mon chemin il y a 2 ans et inconsciemment je prenais donc conscience que cette fois-ci j’allais plus loin. Que l’aventure ne faisait que commencer. Et donc…que je n’avais pas finis d’en baver ! C’était aussi une étape où chacun se perdait un peu, certains prenaient le bus pour éviter de marcher les 10 derniers kilomètres avant Bilbao qui sont assez désagréables. D’autres découpaient l’étape en 2. Et pour quelques-uns le camino s’arrêtait ici. J’apprendrais au fil des semaines à mieux gérer ces phases de transition, ces au-revoir et changements de compagnie. Bilbao est une superbe ville, dont je te parlerais plus longuement. Mais comme toute grande ville elle est aussi assez déconcertante pour le pèlerin habitué à un microcosme moins fourmillant et agité. Je me suis retrouvée ce soir-là seule dans une auberge de jeunesse propre mais déshumanisée. Savourant ma solitude…jusqu’à ce que mes voisins de chambres débarquent dans la nuit au compte goutte.

La petite anecdote ? Je me suis ruée sur des sushis. Tout en écoutant un concert classique en plein air sous un crachin de plus en plus hargneux.

 

JOUR 9 – BILBAO à Pobeña

24KM ▪ 300 D+ |

Le CR du jour |  Après un bout de chemin solo avec un paysage industriel et un crachin maussade l’après midi s’est finalement beaucoup mieux déroulée. Partie à la pêche au randonneur solitaire j’ai pu finir les 10 derniers kms avec non pas 1, mais 3 compatriotes de galère… et ma maman du camino miraculeusement retrouvée 🤗Heureusement car les 5 derniers kms ont été très très difficiles. Un début de périostite s’annonce… certainement dû aux 42 kms avalés hier et au D+ des derniers jours. J’essaie de ne pas paniquer en attendant de voir l’évolution, en espérant qu’à coup de Flector et avec quelques étapes moins chargées je m’en sorte bien… finger cross 🙄🙄🙄🙄

 

Portugalete

Behind the Camino | Moralement la fin d’étape a été très difficile. Je préférais mille fois une pluie battante à la douleur lancinante que je commençais à ressentir dans mon tibia. Les kilomètres sont très très difficiles lorsque chaque pas est douloureux. Surtout lorsque je fais le décompte machinalement dans ma tête… c’est le 9ème jour. Il en reste 30. Je ne veux pas que l’aventure s’arrête ici, hier l’arrivée à Bilbao m’avait plongé dans un doute assez brumeux  » ai-je vraiment envie de faire ça pendant encore 1 mois ». Le lendemain, la douleur physique me fait craindre de justement devoir arrêter plus vite que prévu.

On dit souvent « the way gives you what you need ». Sorte de croyance que se transmettent les pèlerins, mi-spirituelle mi-superstitieuse. Ce jour là j’avais justement rencontré sur le chemin un Fisio (ostéopathe). Un allemand qui débutait son camino à Bilbao.  Le timing parfait pour commencer à avoir des pépins de carrosserie. Arrivés à l’auberge, et après avoir profité de la magnifique petite plage de Pobeña j’ai donc le droit à une séance de fisio. C’est douloureux, j’en ai les larmes aux yeux (séquence émotion  #nodramanogain ) mais cela semble faire effet le lendemain.

La petite anecdote? Nous avons retrouvé dans l’auberge un groupe de 11 jeunes Coréens… âgés de 16 ans ! Organisation militaire et silence nocturne, je les retrouverais tout au long des prochains jours.

 

JOUR 10 – Pobeña à CASTRO-URDIALES

15KM ▪ 395 D+ |

Le CR du jour |  « Il faut ménager sa monture ». 6h30, petit dej philosophique, G. 69 ans sur le chemin depuis 25 jours me convainc. Ma monture 🐴 jai plutôt l’habitude de la pousser au bout du bout, à coup de récompense chocolatée. Sauf qu’après 10 jours de nuits de 2h, de régime tapas, de temps diluvien et de kilomètres avalés ma monture n’a pas l’air d’apprécier la blague 🙄
Ma décision est prise, petite étape de « seulement » 15km ( l’équivalent d’un jour férié sur le chemin ), chambre solo avec un lit et une salle de bain rien qu’à moi… et après midi glandouille. Si ce n’est pas un traitement de faveur pour canasson fatigué ça… j’espère que cela portera ses fruits… car demain il… pleut (sans blague) et ma monture et moi avons une grosse grosse étape 😵

Behind the Camino | Le départ de cette étape était superbe. Une vue côtière au levée du jour. Je restais cependant sur mes gardes, attendant la douleur au tibia. Pas après pas je commence à me détendre, une petite gêne mais rien à voir avec la douleur de la veille. Décidant néanmoins de faire une halte à Castro-Urdiales pour ne pas trop charger j’y prends une chambre…d’hôtel ! Avec J. ma « maman du camino » nous nous payons le luxe de nous prendre une petite pension. Le bonheur d’avoir un lit, dans une chambre… et une serviette de toilette ! La ville de  Castro-Urdiales est animée, les espagnols comme toujours sortent et se retrouvent dans les bars, les restaurants. Il pleut. Je suis crevée. L’après-midi sera donc consacrée au repos et à la sieste.

JOUR 11 – CASTRO URDIALES à LIENDO

27KM ▪ 517 D+ |

Le CR du jour | Ayant quittée le Pays Basque pour la Cantabrie je m’attendais à faire une croix définitive sur mon Goretex et à sublimer mon bronzage rando 😎 Que nenni puisque nous aurons eu le droit à de belles averses et à quelques portions bien boueuses. Pas de quoi entamer la bonne humeur du jour puisque les premiers kms se sont fait sans douleur… je bichonne mon tibia à coup de Flector et de litres d’eau depuis 24h il faut dire.

Mon hydratation intempestive me menant à une pause pipi catastrophe chez une villageoise adorable… qui aura non seulement sauvé ma vessie impatiente mais nous aura aussi offert 6 oranges cueillies en live dans son jardin 🍊 Une saveur particulière, mélange de générosité et de partage mais surtout un goût totalement sublime histoire de me rappeler que les oranges du Carrefour city parisien c’est vraiment… de la mierda 🤣

La douleur revient sur la dernière heure, les 5 derniers kms se font sur les dents mais la journée de repos aura bien porté ses fruits. Demain c’est reparti pour 35kms…. il va falloir assurer surtout que c’est le déluge !!!!!! BORDEL C’EST QUOI CETTE MÉTÉO 🙀

Behind the Camino |  Le trajet était sympathique, entre chemin côtier et forêts d’eucalyptus. Boueux aussi sur certaines portions. Bien reposées suite à notre journée « off » de la veille nous avions rapidement avalé les kilomètres. Malgré quelques petites parties pluvieuses, la journée aura été agréable et sans douleur !

La petite anecdote ? J. ma maman du camino est…de nouveau grand-mère ! La vie continue et nous célébrons cela sur le chemin, heureuse de savoir sa nouvelle petite-fille en pleine forme !

 

JOUR 12 – LIENDO à GÜEMES

35,5KM ▪ 620 D+ |

Le CR du jour | Après avoir entendu la pluie toute la nuit… partiellement couverte par le concert international des ronflements devenu quotidien… il était temps de partir. Premiers kms, je suis trempée. Partout. Je dis bien partout. Mes doigts gonflent, je suis congelée, la boue n’en finit pas. Épuisée je finis par me dire que je déteste ce foutu pays, que je ne peux plus voir une tortilla en peinture, qu’il faut vraiment être débile pour passer le seul mois entier de congés que j’aurais avant ma retraite à me coltiner un périple masochiste 😵
Je tiens bon, finis en début d’hypothermie… continue d’avancer. 4h plus tard un de mes bâtons se rétracte, je m’explose le mollet. J’aime ma vie.

Et finalement le soleil réapparaît. Enfin. Un soleil espagnol, qui arrive toujours un peu trop tard bien entendu…

Behind the Camino | Quelle étape.. les premières heures auront été vraiment horribles. Il n’y a pas d’autres mots. La pluie battante nous accompagnant pendant toute la matinée, j’ai eu froid. Très froid. Les gouttes glacées ne finissaient pas de gifler mes jambes (en short, toujours). Mes chaussettes s’imbibaient. Je n’avais toujours pas de cape de pluie. Et certaines portions étaient difficilement praticables et glissantes. Le chemin pour aller jusqu’à Laredo semblait magnifique, mais recouvert d’un épais manteau de pluie. Bref aucun plaisir, il fallait juste avancer. Après quelques heures de galère nous arrivons avec J. à l’embarcadère pour prendre un petit bateau. La pluie s’est calmée. Le soleil revient et restera bien accroché jusqu’au bout de la journée. Heureusement puisqu’il reste 15 kilomètres avant Güemes. Lieu qu’on m’a conseillé plusieurs fois pour son auberge chaleureuse et son ambiance internationale.

L’anecdote ? 2 kilomètres avant d’arriver à Güemes une femme me propose de me prendre en stop. Je dis non, j’en suis à 31 kilomètres je ne vais certainement pas tricher pour les 2 restant. Sauf que… quelques minutes plus tard je comprends vite que l’auberge n’est pas à Güemes même et qu’il va falloir marcher encore. Et me farcir une belle côte… j’ai retrouvé la femme en question à l’auberge qui était bénévole.

L’anecdote bis ? Les ronflements de mon voisin était vraiment inhumain. Je me suis donc retrouvée à minuit dans la grande salle de réception avec un plaid et plus ou moins rassurée. Essayant de dormir malgré les craquements du bois et l’atmosphère un peu flippante.

 

JOUR 13 – GÜEMES à SANTA CRUZ DE BEZANA▪

25KM ▪ 354 D+ |

Le CR du jour | Cette journée aura été très riche en rencontres et la soirée s’annonce inoubliable dans une auberge sympathique 😍 cela mérite bien un post au rabais puisque je compte profiter de chaque instant. À retenir… pas une goutte de pluie sur 25km, un paysage superbe, une nuit de 3h (mais ça on finit par s’y habituer). BONNE SOIRÉE 😘

Behind the Camino | Après un petit déjeuner copieux, dans la superbe auberge de Güemes, il était temps d’enfiler les chaussures et de repartir…le chemin côtier fait place à quelques portions sur la plage. Il faudra même enlever les chaussures pour pouvoir traverser une petite partie immergée. Puis prendre un bateau qui nous conduira à Santander. Difficile de débarquer dans la ville, cette fois encore, avec nos tenues de pèlerins et nos démarches claudicantes. La soirée se finit à Santa Cruz de Bezana dans une super auberge donativo, tenue par une passionnée du camino. Nous passerons la soirée autour d’une même table, à déguster des tortillas maisons. Français, coréens, allemands, italiens… le partage dépasse les frontières une fois encore et j’ai le plaisir de rencontrer un super couple de campeurs Cam et Manu.

La petite anecdote? En sortant de la cathédrale de Santander que j’avais rapidement visité… je croise un groupe de touristes américains qui me posent une dizaine de questions sur Compostelle. Je réponds patiemment. Le plus motivé de tous me répète 3 fois « vous avez l’air très fatiguée quand même ». Traduction… j’avais vraiment une sale gueule !

 

 

JOUR 14 –  SANTA CRUZ DE BEZANA à SANTILLANIA▪

25KM ▪ 348 D+ |

Le CR du jour |  Première ampoule du camino aujourd’hui… histoire d’éclairer mon dortoir ce soir. Ajoute les ronflements quotidiens et ça fera un joli spectacle sons et lumières 🤣 Une magnifique petite ampoule trônant fièrement sur mon talon 🙄
A part ça… la journée fut lancinante… le Camino ne traverse malheureusement pas toujours que de beaux paysages. Il y a aussi des parties bitume, des traversées de villes dégueulasses où .. tu avances quand même kilomètre après kilomètre. Certains prennent le bus sur les parties moins sympa. Personnellement je pars du principe que le chemin c’est comme la vie … ça serait trop facile si c’était tous les jours la fiesta. Alors autant s’accrocher 😉
Mais quel bonheur d’arriver dans un magnifique village pour récompenser mes 25km… un vrai Disneyland médiéval. Et de fêter ça autour d’une tablée internationale mêlant vin, fromage et humour de tous les continents 😍

Behind the Camino | Après 39 jours sur le chemin je peux maintenant dire que niveau étape, c’était l’une des pires. Pourquoi ? cette fois-ci mon tibia n’avait rien à voir. Encore heureux. Mais le paysage… quelle misère. Peut-on réellement parler de paysage lorsque la journée n’est qu’un éternel défilé de zones industrielles et de bitume sans cachet. Sous un soleil plombant. De quoi fatiguer les pieds et la rétine et regretter les belles vues côtières des derniers jours. Heureusement l’arrivée est surprenante, après un chemin si lassant. Le joli petit village de Santillania me fait oublier cette journée de galère et je le visite avec plaisir !

 

 

A propos de l'auteur :

Chaudière sportive, à l’ascenseur émotionnel qui plafonne à chaque nouveau challenge ! J’espère te donner la patate si tu n’as pas envie de bouger, ou te faire au moins rire dans ton canapé !

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1 Comments

  1. COMPOSTELLE 2018 | BEHIND THE CAMINO JOUR 14 à 21 – Cam Dewoods says:

    […] l’article précédent, le 14ème jour s’achevait à Santillana. Avec deux semaines de Camino dans les pattes j’étais aussi heureuse que fatiguée, malgré […]

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