INTERVIEW | THOMAS, OBJECTIF NORSEMAN

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Toi tu fais ton petit tour de piscine et tu es content…lui prévoit d’aller trempouiller dans un fjord. Tu rentres en vélib et l’enchaînement brasse coulée > pédalage te courbature un peu. N’imagine même pas finir sur un sprint, grand fou ! Pendant que lui prévoit d’aller conquérir le Norseman.

Le quoi?? Encore une nouvelle technique de torture inventée par les organisateurs si créatifs n’est-ce pas ? Encore une lutte à la Gladiator où le casting de 300 passerait pour un rassemblement de majorettes?

Oui…c’est cela !

Tu pensais jusqu’ici que mes portraits t’épuisaient. Que mon entourage était totalement timbré. C’était sans compter Thomas. Une belle pièce de triathlète. Tout en chair et en tri.  Qui participera au NORSEMAN 2018. Réputé comme étant le triathlon IRONMAN le plus dur au monde, au cas où un Ironman ne soit pas suffisamment gratiné ( on ne sait jamais). Le NORSEMAN est extrême par nature, il se tient chaque année au mois d’août à Eidfjord en Norvège. Fjords norvégiens et haute montagne deviennent alors le théâtre d’un combat entre l’athlète et ses limites. C’est beau. Comment en arrive t’on là? Est-ce totalement dingue ou complètement suicidaire … viens le découvrir !

Thomas, Objectif NORSEMAN

Qui es-tu ?

Je m’appelle Thomas, bientôt 30 ans pour 183cm et 91kilos. Après avoir grandi à Paris (je sais, ce n’est pas très original mais bon !), puis un petit tour à la Sorbonne, j’ai terminé en terre normande sur les bancs de NEOMA Business School jadis l’ESC Rouen. J’ai toujours baigné dans la compétition sportive étant plus jeune. Aussi bien sur une patinoire en tant que gardien de hockey sur glace, ou encore joueur de rugby ! Ma devise est de toujours donner le meilleur de moi même pour le bien du collectif et des copains.

NORSEMAN IRONMAN

C’est vrai, pourquoi tu aimes tant le sport ?

Le sport est pour moi plus qu’un exutoire, une très belle école de la vie. Qu’il soit individuel ou collectif, chaque personne y trouvera son bonheur et sera à même de découvrir de nouvelles choses. Jour après jour ou plutôt entrainement après entrainement dans mon cas !
Je pense qu’on ressort grandi de chaque entrainement, de chaque match, de chaque course, que tu sois finisher ou non, quoiqu’il arrive tu apprends quelque chose. Selon moi il y a peu de disciplines dans lesquelles on reste en perpétuel apprentissage. Le sport en est une.
Attention à l’instant « Culture » : Mandela a dit « dans la vie, je ne perds jamais : soit je gagne soit j’apprends ». Ça résume assez bien ma vision du sport !
Plus globalement, au rugby, on dit souvent qu’il n’y a pas de passagers, mais qu’un équipage. Ça me plait et j’aime le garder en tête.

dans la vie, je ne perds jamais : soit je gagne soit j’apprends

Du coup la course à pieds ou le triathlon te sont venus il n’y a pas si longtemps ?

En effet, tu as raison ! Mon premier 10km officiel date de 2014 et à l’époque je pesais presque 105kilos, mes genoux en gardent un bon souvenir ! Le triathlon n’est venu qu’en 2017.
La course à pieds à l’origine était surtout un moyen de rester en forme et d’avoir suffisamment de caisse pour le rugby. Puis petit à petit pour courir avec les copains, qui eux commencent à s’inscrire à des courses de temps en temps.
Et puis arrive le jour où pour te chambrer ils te lancent : « ok, tu es sportif mais tu as jamais couru un marathon ».
Il faut savoir un truc avec moi : j’ai le goût de la compétition et je fonctionne à l’instinct. Alors ce genre de remarques…. Tu imagines bien que ça me booste à bloc !
Du coup, premier marathon couru en 2015, suivi d’une semaine sans pouvoir descendre ou monter des escaliers ! Ça m’a plu et j’ai décidé de continuer !

Tiens le trail, ça l’air bien. C’est surement beaucoup mieux de courir dans la montagne que sur les quais à Paris ! J’ai couru mon premier trail en 2015 (la même année que le marathon) avec l’UT4M Vercors.
En résumé : dur au début, compliqué au milieu, et douloureux à la fin ! J’avais clairement sous-estimé la préparation inhérente à la pratique du trail.
Par contre, très gros coup de cœur pour ce genre de course, et cette région des Alpes (Isère) qui est juste un terrain de jeux formidable.
Du coup on motive quelques copains qui cherchent eux aussi des nouveaux défis, on arrête le rugby car mutation professionnelle à Londres, et 2016 est essentiellement axée sur la course à pieds avec en ligne de mire un trail que tu connais ! Le Trail des Passerelles du Monteynard et sa grande course de 65km avec ses 3600 D+ de pur plaisir.

TRAIL DES PASSERELLES DE MONTEYNARD

Mais tout ça ne fait pas de toi un Triathlète?!

Effectivement, à ce moment j’ai toujours pas mis un pied dans l’eau ou posé mes fesses sur un vélo !
Et c’est le moment où tes supers copains, te piquent encore au vif : « t’es sportif mais tu as jamais fait d’IRONMAN ». Rebelote, c’est parti pour le triathlon !

La course à pieds je connais : plusieurs fois marathonien, trail (long >60km), nombreux 10km ou encore semi-marathons. Cependant la première sortie vélo de 90km en 5h et un mal de fesses dont je me se souviens encore. Et mes débuts de nage avec 1000m de natation dans la baie de Carqueiranne, où je rendrais mon petit-déjeuner en sortant de l’eau. Pas tout à fait une sortie à l’australienne…

NORSEMAN IRONMAN

Après j’avoue que l’IRONMAN était pour moi le but ultime d’un sportif accompli.
Du coup fin 2016/début 2017, la machine était enclenchée et l’épreuve choisie : l’IRONMAN France de Nice en juillet 2017 !

Ok, Maintenant que tu es triathlète c’est quoi un Triathlète, et IRONMAN?

C’est beaucoup de nage, un max de vélo et jamais assez de course à pieds ! Ah oui et le quatrième sport : l’organisation. Mais un triathlète à mon sens, c’est rien d’autre que quelqu’un qui aime les challenges, se dépasser et essayer de donner le meilleur de lui-même dans tout ce qu’il entreprend.

un triathlète à mon sens, c’est rien d’autre que quelqu’un qui aime les challenges, se dépasser et essayer de donner le meilleur de lui-même

Bon, j’ai aussi des copains qui disent que c’est un mec qui est mauvais dans 3 sports plutôt que dans un seul. (ils sont cools mes copains, n’est-ce pas ?)
Après de mon côté j’ai directement voulu me lancer sur la distance IRONMAN, car dans ma tête je conçois l’effort dans la durée. Ayant bouclé le TPM en 11H et avec l’idée qu’un premier IRONMAN bien préparé se court entre 11h et 13h, je me pensais capable d’affronter la distance.
C’était peut-être présomptueux de ma part… Et je m’en suis rapidement rendu compte quand après trois mois d’entrainement, je ne pouvais plus marcher au début de la course à pied sur l’half-IRONMAN de Dubaï. Il y avait du boulot !

Et du coup tu as fait quoi ?

J’ai pris la mesure de ce sport et de la spécificité du triple effort. Pour performer, il a fallu que je commence par apprendre à me connaître : être à l’écoute de son corps est la clé pour supporter la répétition de fortes charges d’entrainement.
Socrate ne faisait pas de triathlon mais il avait raison : « Connais-toi toi-même » marche aussi dans le trail ou le Tri !
Ne voulant pas souffrir à Nice comme j’ai pu souffrir à Dubaï sur la moitié de la distance, j’ai décidé de m’entourer en travaillant avec un coach qui allait me rendre la vie bien plus facile.

NORSEMAN IRONMAN

Un coach, te rendre la vie plus facile, c’est pas un coach ça !!

Haha, sur cet aspect tu as complètement raison ! Mais quand je te disais que l’organisation était le 4ème sport. Avec Sébastien, Seb pour les intimes, ça a été une révolution pour moi. Plus besoin de réfléchir à comment m’entrainer, ni à essayer de définir des allures de course ou des watts sur le vélo. Seb me fournit tous les dimanches mon planning pour la semaine à venir et surtout m’apporte toutes les réponses dont j’ai besoin pour comprendre mon corps et ses besoins.

Après je n’ai plus qu’à suivre le planning et à l’incorporer avec le boulot et la vie perso.

Ça a été d’autant plus une révolution que j’avais toujours l’impression de ne jamais assez m’entrainer, je voulais toujours en faire en plus en me disant que pendant que je ne m’entraine pas, quelqu’un d’autres le fait. Il m’a fallu un peu de temps pour réaliser que le surentrainement peut mettre en vrac tout le planning sur les mois à venir et compromettre l’objectif final.
Maintenant je ne jure que par une seule chose : « Respect des consignes = Performance » Pour moi c’est la clé.
Alors lorsque Seb me dit « tu es off », je savoure ! Et je ne me sens plus coupable de ne pas m’entrainer comme ça pouvait l’être au début. Il suit mon programme, mes courbes, mes évolutions, c’est un programme individualisé qu’il me fait suivre.
Après effectivement, le « off » ce n’est pas souvent ! Et c’est là où avec 10/12h d’entrainements par semaine, ta vie n’est pas plus facile !! Lorsqu’une séance est inférieure à 1h30, tu la vois presque comme de la récup !

Je pense que pour se préparer de la meilleure des manières, il faut savoir s’entourer des gens qui connaissent leur sujet. Le partage des expériences de chacun est primordial pour pouvoir avancer et débroussailler au maximum le jour J et l’aborder avec sérénité.

Tu parles de Stress ! Du coup l’IRONMAN de Nice ne t’as pas assez stressé, tu as opté pour le NORSEMAN.

L’IRONMAN de Nice a effectivement été une très belle surprise car la course s’est plutôt bien passé. 1h05 de nage avec pour objectif 1h15 (comme tout nageur classique débutant dans le triathlon). 6h15 de vélo avec 6h en tête, mais avec une crevaison et beaucoup de dénivelé. Pour la course à pieds, l’objectif était de ne pas marcher pendant le marathon pour rester sous la barre des 4h. 3h52 au compteur me donnant pleine satisfaction pour mon premier Triathlon IRONMAN bouclé en 11H40 pour une honorable 341ème place.

Tu parles du NORSEMAN ! Chut j’ai mis du temps avant de l’ébruiter par peur que cela me porte malheur ! La chance d’y participer était plus que faible. C’est un tirage au sort sur plus de 5000 triathlètes qui espèrent avoir la chance d’être sur la ligne. 300 slots : avec 80 professionnels, 15% de femmes et minimum 100 norvégiens. Et aux dernières nouvelles, je ne suis ni pro, ni norvégiens ni une femme. Les chances d’être tiré au sort sont vraiment minimes !!! Le résultat tombe à la mi-temps du match de rugby France/Nouvelle-Zélande le 11 novembre 2017 (peut etre un signe !). Je suis sélectionné, je serai sur la ligne de départ du NORSEMAN en Août 2018.

Il m’a fallu un peu de temps pour comprendre que oui c’est bien de moi dont on parle là et que je vais affronter le NORSEMAN !

Je suis sélectionné, je serai sur la ligne de départ du NORSEMAN en Août 2018.

Oui le NORSEMAN, le triathlon IRONMAN le plus Extrême du monde et surement l’une des plus connu et redouté !

C’est plutôt bien résumé. Les fjords Norvégien seront le théâtre dans lequel va se jouer cet IRONMAN hors du commun. Seulement 300 athlètes représentant plus de 45 nationalités ont « l’honneur » de pouvoir sauter du pont d’un ferry à 5h du matin dans un fjord à 10°c pour 3.8km de natation (il y a souvent des phoques ou autres animaux du genre qui viennent même accompagner les participants, puis 180 km de vélo avec 3300D+ en gros une belle étape de Tour de France et pour finir un marathon de 42.195km avec 1200D+. Tu vois, il y a toujours un peu de trail !

Après l’essence même du NORSEMAN réside dans l’aventure humaine qu’elle procure avant, pendant et après la course. Il s’agit selon moi d’une épreuve inatteignable seul et qui ne devient envisageable qu’en étant soutenu par sa famille ses proches et son équipe.

Et je parle bien d’équipe, car le NORSEMAN s’effectue en totale autonomie et sans aucun ravitaillement prévu par l’organisation. L’épreuve est si exigeante que chaque concurrent a donc l’obligation d’être suivi par une équipe d’assistance tout au long de la course.
Il n’y a qu’un équipage ! Aucun passager.

Et la cerise sur le gâteau….. L’épreuve est d’autant plus unique que seuls les 160 premiers au pied du Gaustatoppen auront le droit de parcourir les 10 derniers km d’ascension, jusqu’à l’arrivée au sommet. La récompense ultime du fameux Black T-shirt de finisher, symbolisant cette performance hors du commun. Pour les autres un itinéraire de délestage est prévu sur une fin de parcours plus facile, mais pour un T-shirt blanc…

Il n’y a qu’un équipage ! Aucun passager.

Et alors… tu es plutôt Black or White ?!!

Ecoute, plus le temps passe, plus je rêve du noir… Je vais me préparer de la meilleure des manières pour aller le chercher. Après honnêtement, c’est la première fois que je vais aborder une course pour battre quelqu’un d’autre… S’il s’avère que j’ai donné le meilleur de moi même, mais vraiment, et que les 160 autres ont été meilleurs que moi, je devrai me contenter du White T-shirt, mais je sais qu’au fond de moi il y aura une sensation d’inachevé.

NORSEMAN IRONMAN

Un petit mot sur ton entrainement ?

Comme expliqué tout à l’heure, je travaille avec Seb pour la préparation. Ma semaine type comporte trois sessions de nage (dont une entre 3000 et 3500m). Deux à trois sessions vélo qui vont augmenter en volume plus on se rapproche de la date et entre 50 et 80km de course par semaine.
Cela te donne donc autour de 2/3h de nage, 4/8heures de vélo, et 4/6heure de course à pied.

Des courses de préparations en attendant le Norseman ?

Quelques-unes :
• La Saintélyon 72km pour voir à quoi elle ressemblait ! (8h02)
• Semi de Paris le 04/03 pour chercher de la vitesse (1h22)
• Half IRONMAN d’Aix en Provence : à venir
• Trail des Passerelles du Monteynard, le 15km. Pour partager un bon moment avec les organisateurs de ce super évènement qui m’accompagne dans ma préparation !
• NORSEMAN le 4 aout 2018 – 5heures du matin

Où est-ce qu’on peut suivre tout ça ?

Plus nombreux seront les gens à me suivre, plus la motivation sera facile à aller chercher. C’est super fort de se sentir épauler et de voir que dans cette préparation titanesque et ce projet de vie, je ne suis pas si seul finalement ! Encore une fois, il n’y a qu’un équipage !!!! Plus l’équipage est grand le plus de chance on a d’arriver au bout !

Et vraiment, si vous avez des questions sur le triathlon, la préparation, l’organisation, le NORSEMAN, Nice, sentez-vous libre de m’écrire ! je serais ravis de partager un bout de notre maigre expérience ensemble !

Insta : @tomtriathlete_NORSEMAN

A propos de l'auteur :

Chaudière sportive, à l’ascenseur émotionnel qui plafonne à chaque nouveau challenge ! J’espère te donner la patate si tu n’as pas envie de bouger, ou te faire au moins rire dans ton canapé !

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7 Comments

  1. monika says:

    encore un fou furieux ! quel travail vous faites tous, quand même, c’est incroyable. Les bénévoles sportifs. Vous m’épatez…m

  2. Elisabeth says:

    Bravo pour l’article, bravo Camcam et goodluck Thomas !!!

  3. Elodie says:

    C’est génial de cotoyer des personnes avec tant de motivation et de force !! Je vais le suivre aussi sur Instagram. Merci pour cette belle découverte.

  4. Charlène says:

    Ayant un papa fan des IronMan, des marathon et des trails, je ne peux qu’être fascinée par ces personnes sportives que je considère “de l’extrême”. Je ne suis pas vraiment concernée car je fais “seulement” du sport en salle.
    Merci pour ce partage et cette dose de motivation qui ressort de tes quelques lignes 🙂
    http://unepresqueparisienne.com

  5. Laura says:

    Magnifique portrait, bravo Camille ! Et bonne chance à Thomas pour sa prépa, ça va envoyer !

  6. @dvdgrandjean says:

    Beau portrait et bel article qui présente bien le Norseman! En tout cas il a eu de la chance d’être tiré au sort pour y participer 🙂 Moi je dois retenter ma chance à la loterie l’an prochain :/
    Bon courage à lui!

    https://www.sportishere.com/

  7. Emma says:

    Cam, un plaisir de lire tes interviews & même si je ne commente pas toujours, je te lis toujours ! Gros becs & bon courage pour tous tes challenges. Emma Biz Biz 😘😘

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